« 2008-02 | Page d'accueil | 2008-04 »

30.03.2008

Un personnage hors du commun : Madame de Maintenon

1313531320.jpgVous avez dit une dame de lettres ?

« Vous parlez à vos enfants avec une sécheresse, un chagrin, une brusquerie qui vous fermera tous les cœurs ; ils faut qu’elles sentent que vous les aimez, que vous êtes fâchée de leurs fautes  pour leur propre intérêt, et que vous êtes pleine d’espérance qu’elles se corrigeront ; il faut les prendre avec adresse, les encourager, les louer, en un mot il faut tout employer, excepté la rudesse ». Voilà quelques phrases que l’on croirait tirées d’un précis d’éducation qui pourrait très bien avoir été écrit récemment, si le style ne venait contredire l’affirmation.

De qui sont ces phrases ? D’une dame qui a marqué son siècle, même s’il est assez difficile de mesurer exactement l’influence qu’elle put exercer sur les affaires politiques et religieuses de son époque. D’une dame douée d’un esprit solide, sinon très élevé, habituée à compter avec les difficultés de la vie dans sa jeunesse, qui a consacré le meilleur de son temps et de ses soins à la fondation et à la direction de cette maison de Saint-Cyr, où devaient être élevées gratuitement deux cent cinquante jeunes filles nobles… et pauvres.

Les demoiselles de Saint-Cyr ont-elles-mêmes conservé ses Entretiens, véritable  recueil de conseils s’appuyant  sur les souvenirs personnels de l’auteur. Ce dernier a aussi écrit quelques œuvres, notamment ses Conversations et ses Proverbes, sortes de dialogues et de petits drames moraux, et ses Lettres, dont un très grand nombre sont relatives à Saint-Cyr ou à l’éducation des filles.

 Ces œuvres  ne lui assurent sans doute pas une place parmi nos plus grands écrivains, d’autant qu’ils furent à la fois très nombreux et très brillants durant son siècle, mais elles nous obligent  à dire que nul pédagogue ne s’est montré plus libre de tout préjugé systématique ou romanesque. Nul n’a eu plus qu’elle le sentiment de la réalité, et ne s’est plus attaché à fonder toujours sur l’expérience des enseignements plus empreints de modération et de bon sens.

Mais qui était donc ce personnage dont on dirait de nos jours qu’elle fut la première dame de France, terme tellement galvaudé aujourd’hui ? Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon qui, un peu plus d’un an après la mort de la reine Marie-Thérèse, épousa en grand secret Louis XIV.

Marie F.

 

26.03.2008

La postérité finit toujours par avoir raison

413215102.jpgLa postérité finit toujours par avoir raison et, dans le cas de Ronsard, c’est plus vrai encore.  En effet, après avoir été dédaigné pendant tout le 17è siècle et alors que le 18è l’a ignoré, le 19è l’a réhabilité. En effet l’école romantique, tout éprise qu’elle était du moyen-âge, et malgré les différences qui la séparaient des poètes de la Pléiade, disciples de l’Antiquité, voulut redonner à Ronsard la place qu’il mérite.

En fait, Ronsard fut surtout une victime de Malherbe et Boileau qui trouvaient que ses poèmes, véritables petites pièces aux rythmes libres et variés, manquaient de naturel et de simplicité par comparaison, par exemple, avec Du Bellay aux sentiments plus personnels et plus profonds. Mais quand le talent et le génie se côtoient, ils finissent toujours par triompher malgré la sévérité des critiques de ceux qui en sont moins bien pourvus, et c’était le cas de Malherbe.

Depuis le 19è siècle, la gloire de Pierre Ronsard semble s’être encore accrue, et il ne s’en faut guère pour que de nos jours on replace le poète vendômois au rang qui était le sien au début de sa carrière. A cette époque, Ronsard avait conquis les suffrages de presque tous ses contemporains, et sa gloire ne fit que croître jusqu’à la fin de sa vie, au point que les personnages  les plus considérables de son temps se firent ses panégyristes. Il fut notamment distingué par le roi Charles IX, la reine Elisabeth et Marie Stuart, qui tous lui donnèrent des marques de leur bienveillance.

Aujourd’hui, et c’est heureux, il n’y a donc plus de débat sur la qualité de son œuvre. Nous aurions presque tendance à dire en parlant du 16è siècle, « le Siècle de Ronsard ». Certaines parties de ses Hymnes et de ses Discours  sont d’une abondance épique ou oratoire vraiment entraînante. Mais rien ne saurait surpasser la grâce de quelques odes légères, de quelques élégies, de quelques sonnets qui sont demeurés ses pièces les plus célèbres. Existe-t-il quelque chose de plus beau dans la poésie que les Amours de Cassandre, les Amours de Marie ou les Sonnets pour Hélène ? Assurément non.

Marie F

07.03.2008

Sur les ESSAIS de Montaigne et sur Montaigne lui-même

 

180075966.jpgS’il est un auteur qui a suscité la controverse, c’est bien Montaigne ou Montagne ainsi que l’écrivent La Bruyère et Malebranche. Ce dernier est un de ceux qui ont le plus blâmé Montaigne. Il lui reproche surtout la complaisance païenne avec laquelle il s’observe lui-même et se propose à l’attention de ses lecteurs, tel que la nature l’a fait. C’est l’usage et l’abus dans son livre majeur, les Essais, de ce « moi haïssable », suivant le mot de Pascal dans les Pensées.

En cela Malebranche est du même avis que les écrivains de Port-Royal. « Le sot projet qu’il a de se peindre ! » dit Pascal en parlant de Montaigne, en regrettant que personne ne l’ait averti « qu’il parlait trop de soi ». Les auteurs de la Logique de Port-Royal lui adressent le même reproche dans le long passage qu'ils consacrent à la critique de Montaigne.

Bossuet dans le Sermon pour la fête de tous les saints a aussi attaqué Montaigne, mais par un autre côté : c’est à son système qu’il en veut et plus encore au mépris qu’il affiche pour la raison humaine. Il est vrai que Montaigne, et cela ne pouvait plaire à Bossuet, n’a cessé d’affirmer la faiblesse de la raison humaine. Il la décrit  orgueilleuse et la défiance qu’elle lui inspire, réserve faite  des vérités de la foi, rend d’avance Montaigne hostile à tout dogmatisme.

Nonobstant ces remarques ou critiques, fussent-elles de grands écrivains, Montaigne reste un des maîtres de la pensée française et l’un de ces esprits qui ne laisse personne indifférent. Certains l’ont lu et admiré comme Madame de Sévigné ou La Bruyère, d’autres l’ont vivement combattu comme Arnauld, Nicole, Malebranche, sans oublier Pascal qui s’en est aussi inspiré. Aujourd’hui, partisans et adversaires de sa doctrine, s’accordent  à regarder Montaigne comme un des maîtres de la prose du XVIè siècle, parce que toutes les questions dont il a traité intéressent la conduite de la vie.

Marie F.

 

Toutes les notes